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Il est vrai que nous ne parlons plus beaucoup de cinéma ici-bas. Notre presse s'attachait à faire quelques chroniques à sa naissance, puis l'écran fut effacé, les lignes disparurent. Aujourd'hui, nous revenons avec modestie sur un film qui m'a récemment particulièrement marqué.
Shame est le dernier film du réalisateur Steve Mcqueen. Actuellement en salle, il narre les aventures et déboires d'un cadre à New-York. Rien de plus banal vous soulignerez. Avec justesse. Le film, " c'est l'histoire d'un mec ". La trentaine, aisément riche, Brandon a tout de l'homme moderne qui a réussi dans sa profession.. Son allure secrète et réservée, sa figure longiligne rappelant celle de John Ham (Mad Men). Seul bémol, sa réussite se limite à son travail. Sa vie est un long déboire, une course éffrénée pour faire taire / ou hurler ses désirs. L'homme est obsédé sexuel.
La figure de l'homme obsédé par ses besoins, jusqu'à l'outrecuidance nous rappelle souvent les pires faits divers. On s'imagine un homme défiguré par la passion, aux veines gonflées d'un désir effroyable. Bien au contraire, ce film s'attache à nous décrire un homme parfaitement commun. C'est du plus bel effet, d'un effet glaçant. L'obsédé - et n'entendait pas vicieux par là mais bien malade sexuel - ressemble à vous et moi. Excepté que toute sa vie n'est qu'un long processus pour raidir son membre.
Une fois cette équation faite, il faut alors décrire les travers du jeune homme. Ceux-là sont effroyables.
Masturbation, prostitution, copulage, toute forme d'assouvissement se fait sans amour. C'est un lent, inexorable chemin perdu dans un cycle à jamais satisfait. Tous les lieux sont bons pour se donner du plaisir, sans jamais pouvoir s'en empêcher. A défaut de vivre une vie normale, celle des proches de Brandon s'efface. Son absence de compassion et de sentimentalité épuise peu à peu son reste d'humanité. Il ne devient certes pas un monstre, mais n'est pas tout à fait non plus un homme. Il s'épuise dans ses désirs, sans jamais pouvoir se tirer vers le haut.
C'est sur ce point que le film est formidable. Il est une lente descente en enfer, rendue douce par le réalisateur par une technique effroyablement géniale. Si quelques scènes sont un peu longues (notamment celle de la prestation musicale), la technique cinématographique sublime l'homme dans ses penchants. Elle ne le rend pas tout à fait monstre et empêche de s'effondrer la barrière des généralités.
C'est qu'au fond, l'obsédé se perd et entraîne avec lui ceux qui l'entourent. Son incapacité à ressentir, plutôt que sentir, à aimer plutôt que baiser, fait de lui l'homme le plus lisse. Il est effacé - ce que Michael Fassbender sait faire ressortir avec perfection - et pourtant terriblement éveillé.
Outre une bande-son choisie avec goût, le film est panorama qui évite les verticalités de New-York pour mieux se pencher sur ses étendues. Souvent décrite comme ne dormant jamais, de nuit la ville n'est pas celle du commun. Elle est celle des marginaux, des originaux, de ceux venus trouver l'amour, quand bien même il est tarifé. Le film s'attache à décrire cette ambiance poisseuse.
On pourrait être tenté de faire une parabole quelque peu poussée. Shame s'attacherait-il à décrire l'homme moderne, perdu dans son temps et dans ses vices ? Décrirait-il un tort pour mieux exorciser tous les autres qui nous composent ? A d'autre je laisse cette conclusion un peu tortueuse. Il s'agit juste d'un film lent mais beau.
Shame n'est pas un film de culpabilité. C'est d'abord un film sur la lenteur, la patience. L'ensemble reste toujours juste, n'en déplaise à ceux qui aiment rire. C'est un film qui donne à penser, qui ne dicte aucune moralité et qui livre des interprétations toutes différentes. En ce sens, le film demeure génial par la diversité des opinions qu'il provoque, par l'effusion de sentiments qu'il fait naître.
Des races.
























