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Retour sur Drive







Le long métrage Drive a été réalisé par Nicolas Winding Refn. Il est l'adaptation d'un roman de James Sallis publié en 2005. Le film est sorti en salle courant Septembre 2011 après avoir raflé le prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes. Après cette décoration de renom, Drive s'est vu acclamé d'une critique pour le moins favorable, encensant la performance silencieuse de son acteur principal, Ryan Gosling. On a même applaudi Kavinski, pour une bande-son qu'il n'a jamais fait dans son entièreté. Passons
S'inscrivant en porte-faux, j'ai donc vu le film pour la première fois près de cinq mois aprés sa sortie tout en regrettant, après coup, de ne pas avoir eu à le disséquer plus tôt. Non pas que Drive m'eut procuré des sentiments nobles, qu'il me fisse aimer de nouveau, à tout jamais, le cinéma, que je l'eusse auto-proclamé chef d'oeuvre à l'instant même où je gravissait la sortie du sombre cinéma qui m'hébergeait. Bien au contraire ! C'est avec un sentiment triste et éperdu, l'âme profondément mélancolique, ce genre de passion morne et grisâtre qui s'attache à vous suivre longuement que je me traina hors des salles obscures.


Vous l'aurez donc saisi, je n'ai que moyennement aimé Drive. J'ai été, il faut le dire, profondément déçu par ce que j'ai vu. Vous me direz "ce n'est que votre opinion très cher ". En effet, mais là n'est pas la question. Il me faut rétablir justice - établir la justesse - et crier aux fenêtres qui me sont ouvertes cette étrange imposture.

Aussi, pour bien commencer, il faut reconnaître à Ryan Gosling le talent qui lui est du. Son jeu silencieux, sa démarche sanguine, quelque peu guindée par une timidité violente vient parfaitement reluire son faciès carré et bien tranché. Son jeu est net, précis. Je n'irai pas jusqu'à dire sans bavure, mais le sang n'a jamais taché n'est-ce pas ? Ainsi, le visage poupin de Gosling vient parfaitement coller avec cet idéal du beau blond américain, qui dans une autre vie aurait pu être le quaterback phare de son université, mais qui a choisi les chemins poussiéreux et goudronnés d'une vie fantôme, désertique. Ce triste sire est donc chauffeur, conducteur plutôt. Entre deux cascades, il lui vient l'opportunité de conduire des braqueurs, ce qu'il fait à merveille. On retiendra ici de belles scènes. Alors qu'il revient d'un casse fleurissant, le héros s'entiche d'une blonde fragile et simple. Elle incarne à elle seule la sensibilité, le déni de violence, la blème innocence. Seulement voilà, il faut bien complexifier cette idylle en devenir. Aussi la belle et pure jeune fille a été doté, on ne sait comment, d'un mari emprisonné qui à sa sortie demeure si criblé de dettes qu'il aurait été avisé pour lui de rester calfeutré dans sa cellule. Trêve de mystère, celui-ci meurt, criblé cette fois-ci de balles. S'en suit une lutte acharnée où notre héros blond tente de survivre.


Aussi ce scénario où s'entremêlent l'ethos au pathos n'arrive que difficilement à livrer son message (le logos, quoi). En effet, tout au long du film une interrogation subsiste qui gâche les somptueuses et vivantes répliques de Ryan Gosling. Sur le plan narratif, on se demande à quoi bon le personnage s'entiche à rendre le million de dollars ? Pour protéger la belle, et son enfant, me répondrez-vous. Peut-être... Seulement le héros repart seul, sans argent et sans amour. Tristesse infinie que de voir cet homme déchu conduire solitairement tel une bête blessée à jamais indomptable. Ainsi il y a une cette faille au niveau du scénario, qui, pour un amateur de belles fictions, me gênent infiniment.
Ce n'est pas tout. Drive me saisit, me fait frissonner.  J'ai à tous moments, par un jeu des couleurs, de contre-champs éclairé et de ralenti calibrée, l'impression désagréable qu'Horacio Caine (cf. Les experts Miami) va surgir, sa tête penchée, ses yeux dévorant, son attitude larmoyante, presque piteuse. Ce n'est pas le jeu de Gosling qui a voulu cela, ce dernier étant très juste, mais bien la technique visuelle autour du film. Fort de plans inutiles (vue aérienne, ou horizontale de Los Angeles), ralentis exaspérants, presque tout est fait pour réduire la satisfaction du spectateur. On se demande donc ce qui justifie le prix de la mise en scène ...
Enfin, pour parachever ma critique, il ne me reste qu'à regretter l'usage fortuit de référence que le film semble revendiquer (du moins que j'ai cru modestement remarquer). Ainsi Drive fait inexorablement penser à Taxi Driver (de Martin Scorsese) par la solitude et le vice (d'un tout autre genre) qui s'attache au personnage. Il se porte aussi, presque en opposition, à True Romance par sa quête effrénée d'une liberté. Pour Drive, celle-ci ne sera jamais acquise, ou du moins au prix de renoncement innéfarables que j'ai déja mentionné au dessus. Mais de loin, Drive m'a remémoré ce chef d'oeuvre incompris qu'est Boulevard de la Mort (de Tarantino). Le thème automobile, la violence éruptive et la passion qui s'y lie sont trois composantes autant présentes dans le film de Tarantino que celui de Nicolas W. Refn.
Seulement Tarantino avait su insuffler son génie, sa patte de folie, quand Drive mène à une fin que l'on prévoit à l'avance, qui suit un tracé pour le moins linéaire et qui ne sait pas convaincre.

Il aurait donc peut être fallu ce brin de génie, cette graine inaliénable qui font des chefs d'oeuvre du cinéma noir ce qu'ils sont. Il n'en reste que le jeu d'acteur de Ryan Gosling - patenté, brillant et empreint d'une douceur trompeuse - rehausse considérablement le film à une valeur médiane. Celle d'un je-ne-sais-quoi de décevant.


Des races.
 

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